J'ai connu ces choses affreuses. Ses traits et son pouvoir. Je l'ai même servi, à contre coeur. J'ai connu ce monde dont mon âme transpire. Ce monde des Ténèbres beaucoup trop sombre pour une enfant innocente. Il m'a tué. M'a corrompu. Je suis morte là-bas. Parmi ces traîtres, ces serpents et ces fléaux. Je me suis sali les mains. Puis j'en ai eu marre. Je me suis lassée d'être une débauche. D'être faible. D'être seule. Continuellement. J'ai fui. La fuite ne présage rien de bon dans ces conditions. Oh, non. Je le savais. Et pourtant. Inconsciente. J'ai appelé à l'aide. Je l'ai fait. Bravement. Fièrement.
Cette malédiction m'achève. Ces coups me tuent. Ce supplice est tel que la mort est préférable à lui. Oh, non. Je n'exagère en rien. Mais la mort m'apaiserait-elle de ces afflictions? De ce malaise de l'âme? Je n'en suis pas certaine. Il me faut d'abord renaître avant ça. Il me faut le vaincre, me vaincre. Me reconstruire. Me retrouver, avant de mourrir.
La mort. La leur. La mienne. Elle rôde, sans cesse. Rythmant ma vie, mon quotidien. Mon âme est noire et dépourvue de tout. Lassée, blessée, indignée et meutrie par mes actes. Je ne me supporte plus, le mal me ronge les sangs. Le mépris et le dégoût captivent mes pensées. Prisonnières d'un Moi. De cette personne que je suis devenue et que je réprouve. Je ne suis qu'enveloppe corporelle pillée du peu d'humilité qui lui restait encore. Je rêve, utopiste, de renaître et de vivre sereinement. Je rêve, oui, de pouvoir un jour sourire comme il y a bien longtemps.
***
L'amour mauvais s'exhale, s'étale. Ce poison que j'ai dans le coeur provient de toi. Je m'en empreigne vertueusement. Tu m'apprivoises, tu m'étourdis. Tu me pervertis l'esprit. Et tu es là. Je te déteste. Je te hais.
Mais reste là. Oui, reste avec moi...
Car rien n'unit aussi fort que la haine : ni l'amour, ni l'amitié, ni l'admiration.
Car nous sommes là à nous suffire des coups bas de l'autre et de notre relation un peu trop particulère. A nous affecter d'insultes et de coups. On se déteste et on s'entraide. Quelle ironie, quelle incohérence!
Oh, Dray... Protège-moi. Hais-moi. Détruis-moi une ultime fois.Si la haine répond à la haine, comment la haine finira-t-elle ?